Analyse des listes de candidats à l’élection régionale en Ile-de-France

La clôture de dépôt des listes de candidats pour l’élection régionale a eu lieu lundi 9 novembre 2015 et il est à présent possible de consulter la composition des treize listes1. En tant qu’électeur, nous allons pouvoir concéder le peu de pouvoir politique que nous avons à d’autres individus comme le veut la tradition « représentative » de notre bonne République. Il est donc essentiel d’effectuer un petit travail de recherche sur les candidats en question.

Cela étant, je n’effectuerai pas ce travail sur l’ensemble des treize listes car certaines sont éliminées de facto, soit parce que le nombre d’affaires politico-juridiques est trop important à mes yeux (FN, LR-UDI) ou soit parce qu’ils appartiennent à l’oligarchie française (LR-UDI, PS), cette élite politico-financière qui est complétement déconnectée de la réalité des franciliens. J’exclus aussi les communautaristes (Union des Démocrates Musulmans Français) et je n’ai pas envie de m’intéresser à l’extrême-gauche (LO).

Par ailleurs, je m’intéresserai uniquement aux candidats qui sont en position éligible, car cela ne sert à rien d’avoir une « bonne » personne si elle est à la fin de la liste et qu’elle n’a aucune chance d’être élue.

Enfin, cette analyse sera principalement effectuée sous l’angle des valeurs démocratiques. Je n’aborderai pas ou peu les valeurs idéologiques ou les programmes (sauf pour certaines listes inconnues).

Il existe deux types de listes. D’un côté, ceux qui proposent un programme avec des idées et des propositions concrètes sur l’économie, les transports, les prestations sociales etc. en rapport avec le territoire concerné. De l’autre, à la place des traditionnels programmes, une méthode de gouvernance est proposée, souvent dans l’objectif de remettre les citoyens au cœur du système politique en leur demandant le plus souvent de prendre des décisions par eux-mêmes.

Debout la France (DLF)

La liste Debout la France a placé à sa tête Nicolas Dupont-Aignan. Cela commence déjà très mal car celui-ci cumule déjà trois mandats dont un interne : député à l’Assemblée Nationale, maire de la ville d’Yerres et président du parti DLF. Va-t-il vraiment avoir le temps de se consacrer pleinement au mandat de conseiller régional d’Ile-de-France ?

Par ailleurs, c’est aussi un cumulard dans le temps vu qu’il est député de la huitième circonscription de l’Essonne depuis maintenant quatre mandats ! Or en démocratie, l’un des principes fondateurs, pour ne pas se couper du peuple, et d’avoir une forte rotation des charges. En étant député depuis presque 20 ans, Nicolas Dupont-Aignan montre qu’il est attaché au pouvoir. De plus, il oublie les valeurs auxquelles il se dit « attaché ». En effet, lors de l’élection présidentielle de 2012, il indiquait à Transparency-France2 qu’il était pour une limitation à deux mandats. En briguant un mandat de conseiller régional, il aura 3 mandats !

DLF ne souhaite donc pas spécialement être différent des autres partis politiques actuellement en place. Il ne souhaite pas redonner le pouvoir aux citoyens et montre simplement qu’il espère devenir calife à la place du calife…

Europe Écologie-Les Verts (EELV)

Contrairement à certaines autres régions ou aux précédentes élections départementales, les écologistes partent seuls à cette élection.

Nous retrouvons en tête de liste Emmanuelle Cosse. Vice-présidente du conseil régional en Ile-de-France, elle brigue donc un second mandat. Ce phénomène de reconduction des élus en place se répète à beaucoup de positions éligibles. D’autres candidats tels que Julien Bayou, Corinne Ruffet, Claire Monod, Jean-Marc Pasquet, Fatna Lazreg, Mounir Satouri, Jean Lafont, etc. sont concernés. Au total, sur les 34 élus EELV au conseil régional, 19 se représentent au nom d’EELV dont 13 en position éligible.

Le second problème est le cumul des mandats car de nombreux candidats en position éligible sont déjà élus tel que Frédéric Benhaim (conseiller délégué du XIIIe arrondissement de Paris), Bénédicte Monville (conseillère municipale à Melun), Rose de la Fuente (conseillère municipale à Thomery), Benoît Menez (conseiller municipal de Mitry-Mory), Franck Rolland (conseiller municipal de Villeparisis), Marie Durand-Smet (conseillère municipale du Chesnay), David Jutier (conseiller municipal de Rambouillet), Marie-Pierre Digard (conseillère municipale d’Orsay), Rodéric Aarsse (adjoint au maire de Malakoff), Samia Kasmi (conseillère municipale de Nanterre), Dominique Carré (adjoint au maire de Pierrefitte-sur-Seine), Anne-Marie Heugas (adjointe au maire de Montreuil), etc.

Au final, sur environ 40 candidats en positions éligibles, 26 candidats ont déjà un mandat d’élu à ce jour.

Comment « changer d’air » s’il n’y a pas une rotation plus importante des élus et si le parti favorise le carriérisme politique en acceptant dans la pratique, le cumul des mandats que ce soit simultané ou dans le temps ?

Les autres postes sont réservés aux professionnels de la politique (Marie Toussaint, directrice de cabinet d’Antoinette Guhl, élue de Paris ; François Damerval, ex-chef de cabinet de Corinne Lepage ; Alexis Prokopiev, conseiller du groupe parlementaire Ecologiste à l’assemblée nationale), à ceux qui n’avaient pas réussi à être réélu la fois dernière (Zine-Eddine M’jati, ex-conseiller régional de 2004 à 2010, Michel Poirier, ex-élu du canton Montreuil-Est de 2001 à 2002) et aux transfuges d’autres partis (Emmanuel Poilâne, ex-tête de liste de la région Ouest aux élections européennes pour Nouvelle Donne, démissionnaire depuis juin dernier3), etc.

Il y a toutefois de bonnes surprises comme Elise Lowy qui écrivit en 2012 une magnifique tribune sur le non-cumul des mandats4 où elle disait : « mais aussi d’instaurer une limitation stricte du cumul des mandats dans le temps.  », Marie-Odile Bertella-Geffroy (magistrate, ex-vice-présidente du tribunal de grande instance de Paris concernant l’instruction des dossiers de l’amiante ou du sang contaminé) ou encore Mohamed Mechmache (fondateur d’AC le feu).

Au final, un rassemblement plus écologiste que citoyen contrairement au titre du 1er meeting5 et de belles paroles qui ne correspondent pas aux actes quand on lit par exemple la dernière tribune publiée le 5 novembre6. On peut citer un très bon constat « notre démocratie est surtout devenue prisonnière de l’ambition de carrière de ses élus et a oublié l’importance du pluralisme de la représentation dans ses assemblées pour que sa population se sente engagée dans toute sa diversité. » et de bonnes idées « Je pense qu’il est aujourd’hui temps de mettre en place une parité partis politique-société civile sur les listes électorales pour toutes les élections. » et « Cela obligerait ensuite à renouveler à chaque élection 50% des candidats puisque les élus issus de la société civile ne pourraient plus être considérés dans cette catégorie. Enfin, cela aurait pour effet de limiter les mandats électoraux dans l’espace et dans le temps pour 50% des listes de candidats ».

A moins qu’ils nous prennent pour des naïfs et penser que cette parité politique-société civile revient à ce qu’il y ait des places éligibles pour les politiques et le fond de la liste pour la société civile – ce que je ne crois pas – pourquoi ne pas avoir mis en œuvre, dès maintenant, au sein de leur propre formation politique, lors de la confection de cette liste, les idées qu’ils soutiennent ?

Front de Gauche (FdG)

Une partie des militants du Front de Gauche souhaitaient faire alliance, comme aux précédentes élections départementales avec EELV et c’est loupé. EELV, le PCF, le PG et E! N’y avait-il pas trop d’élus déjà en poste à reconduire et pas assez de place sur une seule liste pour tout le monde ?

Eric Coquerel (PG), Jean-François Pellissier (E!), Pierre Laurent (PCF) et Céline Malaise (GU) se représentent à des positions éligibles ce qui bafoue un principe qui m’est cher, le non-cumul des mandats dans le temps. En effet, je pense que l’un des premiers problèmes de notre système politique est la formation d’une élite politique et une trop faible rotation des charges.

Il y a aussi ceux qui ont déjà un mandat tel que Pierre Laurent (sénateur), Franck Sureau (conseiller municipal de Mitry-Mory), Philippe Rio (maire de Grigny), Vanessa Ghiati (conseillère municipale de Malakoff), Clémentine Autain (conseillère municipale de Sevran et ex-conseillère de Paris de 2001 à 2008), Sengul Karaca (conseillère municipale PCF de Champigny-sur-Marne), François Cocq (conseiller municipal de Champigny-sur-Marne), etc. et, à priori, ça ne suffit pas.

On retrouve également ceux qui ont perdus leur mandat (Sylvie Fuchs, maire PCF de Roissy-en-Brie de 2008 à 2014 battu par l’UMP ; Kamel Bouhaloufa, ex-conseiller municipal de Colombes ; Alima Boumediene-Thiery, ex-conseillère municipale à Argenteuil, ex-députée européenne, ex-sénatrice) ou qui n’ont pas réussi à l’obtenir (Raquel Garrido, ex-n°2 sur la liste Front de Gauche aux européennes et ex-secrétaire nationale du PG) et qui aimeraient être élus ou réélus.

Enfin, il y a les cadres du parti (Colette Gergen, membre de l’exécutif départemental du PCF78 aux luttes politiques et à la communication ; Julien Iborra, secrétaire départemental du PCF78 ; Fabien Guillaud-Bataille, secrétaire départemental du PCF94 ; Jean-Michel Ruiz, secrétaire départemental du PCF95 etc.) qui suivent le parcours classique.

Les bonnes surprises viennent de Catherine Fayet (syndicaliste Sud Santé) et de Julie Morel (syndicaliste CGT chez Air France).

Dans cette liste, on retrouve globalement les même travers que chez EELV.

Union Populaire Républicaine (UPR)

Le parti de François Asselineau (ex-RPF, ex-UMP) fondé en 2007 a du mal à faire son trou sur l’échiquier politique, d’ailleurs, je le connais très peu. Le programme pour l’élection régionale7 est assez classique. Le volet « démocratie » est traité, comme n’importe quel parti politique, au même niveau que les autres sujets (économie, emploi, agriculture, éducation, sécurité, etc.). Il ne se distingue pas spécialement, il est d’ailleurs relégué en avant dernière position. Il ne comporte que cinq points et même si l’on peut voir une certaine bonne volonté, je ne pense pas qu’il soit légalement possible d’instaurer le RIC au niveau régional pour les sujets d’intérêts régionaux. Le retrait des drapeaux européens n’a qu’une portée symbolique. La mise en place d’une commission de contrôle est une bonne idée mais le fait qu’il s’effectue sur une liste de « volontaires » fait que cela ne marchera pas. Pour assurer une réelle diversité d’une assemblée tirée au sort, il faut que le tirage s’effectue sur les listes électorales et ce n’est qu’ensuite qu’on demande aux personnes tirées au sort si elles sont volontaires. Par ailleurs, il faudrait que ces personnes aient un réel statut et je pense que c’est uniquement à l’échelon national que ce statut peut être défini. De fait, cette idée, même si elle part d’une bonne volonté, restera à mon avis, sans suite. Enfin, les deux autres points concernent plus la presse et l’information que la démocratie. A aucun moment, les candidats de l’UPR sont réalistes, à savoir qu’ils ont toutes les chances d’être minoritaires en décembre prochain et donc que leur programme ne sera pas applicable dans son intégralité. De fait, ils auraient pu proposer sur le volet de la démocratie, que le peu d’élus UPR soient la courroie de transmission des citoyens via l’organisation d’assemblées de citoyens où les élus UPR porterait les décisions prises dans ces assemblées. Mais ce n’est pas le cas. Ils proposent aussi des règles internes drastiques contre le cumul des mandats simultanés ou dans le temps ce qui est louable. Mais là encore, ce genre de promesse est facile à faire lorsque l’on n’a pas d’élus… Enfin, le parti a l’air de mettre en avant une seule personne – François Asselineau – alors que les mouvements démocratiques ont tendance à mettre en avant les collectifs.

Liste d’union citoyenne

Je ne connais absolument pas cette liste mais le titre me plait. Elle est portée par deux entités : C’est à nous ! (l’alternative citoyenne) et Génération Avenir. Ils revendiquent une liste 100 % non-encartés et citoyens. La tête de liste est Dawari Horsfall (maire-adjoint, délégué aux sports de Massy). Il était déjà tête de liste lors de la précédente élection municipale mais n’ayant obtenu que 9,1 %, donc dans l’incapacité de se maintenir au second tour, il avait rejoint l’équipe de Vincent Delahaye (sénateur-maire de Massy, UDI) sans pour autant prendre sa carte. Il est à l’initiative des diners citoyens8. L’article du Point9 donne la parole aux principales têtes de liste départementales et ils s’avèrent qu’ils font un constat plutôt juste. Parmi elles, on retrouve Nassim Lachelache (conseiller municipal à Fontenay-sous-Bois) dont le maire est Jean-François Voguet (PCF), Hasana Sadiki (conseillère municipale d’opposition à Valenton), Lolita Diez, Magou Soukouna et Julien Nonin qui sont de parfaits inconnus, Mohamed Kamli (collectif des habitants de Trappes, ex-conseiller municipal de Trappes), Nasser Lajili (conseiller municipal à Gennevilliers), Fatou Meïte (ex-élue de Bondy, cofondatrice du mouvement #FergusonInParis et porte-parole du collectif Stop le Contrôle au Faciès) et Vincent Chenina (ex-secrétaire de la section PS de Garges-lès-Gonesse, exclu du PS pour avoir rejoint la liste Front de Gauche).

Au final, cette liste d’union citoyenne tente d’allier plusieurs mouvements aux horizons sociologiques différents, plusieurs collectifs citoyens locaux, des quartiers populaires jusque dans les quartiers plus aisés. Une belle performance que l’on peut saluer.

Les propositions de Génération Avenir10 sont par ailleurs très intéressantes. Je vais donc les suivre sur leurs pages Facebook1112, leur Twitter13 et leur site web14, ces prochaines semaines afin d’en savoir un peu plus et mûrir mon avis.

Nous citoyens (NC)

Encore un mouvement étiqueté « citoyen » et que je ne connais pas. Avec seulement 8 % de confiance dans les partis politiques chez les électeurs, on peut comprendre que l’étiquette soit à la mode et qu’elle commence à être utilisée à tort et à travers.

Comme pour la liste d’union citoyenne, vu le peu de place éligible qu’ils peuvent espérer, je ne vais m’intéresser qu’aux têtes de liste. A Paris, c’est Valérie Sachs et l’on peut dire que ce n’est pas une « citoyenne » ordinaire : porte-parole NC Paris, ex-conseillère UDI à Paris de 2008 à 2014, candidate UDF à l’élection législative de Paris XIVe de 2012 (1,37 %) et candidate tête de liste NC à l’élection municipale de Paris XVIe de 2014 (5,30 %), elle a déjà un beau parcours politique. En Seine-et-Marne, c’est François Clastres (10 ans de militantisme chez les jeunes de l’UMP, délégué NC du département, DRH dans la construction), Emmanuel Loevenbruck (conseiller municipal divers droite à Chatou et entrepreneur dans le coaching), Delfina De Matos (candidate divers gauche à Châtenay-Malabry et présidente de l’agence européenne du savoir-faire, consultante en organisation et en finance), Jérôme Dutel (auteur de 35 heures 35 erreurs et directeur Grands Comptes à Verifone), Fabrice Scagni (ex-membre de l’UDI, candidat de droite et du centre aux élections départementale de 2015, entrepreneur dans l’immobilier), etc.

Dans Le Parisien15, Eric Delannoy présente son mouvement : « Au départ, c’est vrai, notre projet était uniquement centré sur le développement économique. D’ailleurs, un sondage indique que 65 % des français feraient confiance à des patrons pour réformer la France. Mais depuis nous proposons aussi un volet social et solidaire ». Un mouvement citoyen constitué principalement de patrons ?

Peuvent-ils être représentatifs sachant que 93 % des actifs sont des salariés ?

Fédération Libertaire Unitaire Ouverte (F.L.U.O.)

Cette liste est conduite par Sylvain de Smet (président de l’Ile de loisirs de Cergy-Pontoise, conseiller régional d’Ile-de-France et conseiller municipal de Mériel) qui avait été élu à l’époque sur la liste de M. Jean-Paul Huchon (PS) et qui appartient au groupe EELV. Pourquoi n’est-il pas sur la liste EELV ? Dans un article de la Gazette Valdoise16, on apprend qu’il a été écarté par EELV des positions éligibles et qu’il pense déjà à 2017. Il évoque la démocratie participative17 mais malheureusement, il préfère l’utiliser via un sondage (sic !) pour définir le nom de sa liste (ce qui n’a que peu d’intérêt) plutôt que pour définir la tête de liste (par exemple)… Le pire étant que le résultat du sondage n’est qu’à moitié respecté18. Si Sylvain De Smet n’est pas réélu au Conseil Régional, il y a de grande chance qu’il soit écarté de la présidence de l’Ile-de-France.

Cette liste sent finalement la revanche plutôt que l’alternative car si Sylvain De Smet avait été en position éligible au sein de la liste EELV, cette liste n’existerait certainement pas…

Aux urnes citoyens

Cette liste est conduite par Aurélien Veron, encore un inconnu. Lorsque j’essaye de me connecter à son site web19, Google m’informe que « l’accès à ce site risque d’endommager votre ordinateur ». C’est le fondateur du Parti Libéral Démocrate (PLD)20 créé en 2008. Il en est le président depuis sa création, à croire que la rotation des charges n’est pas un principe connu dans ce parti « démocrate ». Aux municipales de 2014, Aurélien Véron était le numéro 2 sur la liste d’Hélène Delsol dans le 2e arrondissement de Paris qui a maintenu une liste suite à sa désinvestiture de la part de l’UMP-UDI.

En 2013, ils ont rejoint l’UDI puis l’ont quitté en 2014. Les principales campagnes de ce parti se focalisent sur le transfert des services publics vers le privé (via la baisse des dépenses publiques), la capitalisation du régime de retraites, la privatisation de l’éducation nationale et la mise en concurrence des établissements (via le chèque éduction), la baisse des protections des salariés (via une « simplification » du Code du travail), la professionnalisation des prud’hommes, etc. Sur le site du PLD21, on peut lire un constat juste « Les Français se sentent de moins en moins représentés dans notre démocratie malade. » et la première réponse qu’il apporte à ce constat est une baisse des impôts et une suppression de postes de fonctionnaires. Quel rapport ? Bien sûr, ils évoquent le référendum et la mise en place du non-cumul des mandats ce qui est le minimum pour un parti qui se dit « démocrate ». Mais ils embrayent rapidement vers la réduction des parlementaires, la confiance envers les entrepreneurs, l’écrasement des entrepreneurs par l’Etat, etc. On dirait un tract du MEDEF…

La tête de liste en Seine-et-Marne est Stéphanie Awad (conseillère municipale de Rosny-sous-Bois, président délégué des Jeunes Centristes, membre du Bureau National de l’UDI Jeunes), celle des Yvelines est Erwan Le Gall (adjoint au maire de Maurepas), Laetitia Brossard pour l’Essonne, Anne Bourdu (vice-présidente du PLD, démissionnaire du poste d’adjointe au maire Nicole Gouéta, UMP, à Colombes), Pierre Tavares pour la Seine-Saint-Denis, Karine Madar (ex-candidate pour Nous Citoyens à Saint-Maur-des-Fossés) et Fernande Semedo.

La démocratie a l’air d’être aussi présente dans leur parti et dans leurs pratiques qu’au MoDem ou à l’UDI. Finalement, on peut se demander pourquoi ils n’ont pas construit une liste avec Nous Citoyens car leurs lignes sont assez proches.

En conclusion

Bien que je sache à qui je ne vais pas donner mon vote, je suis encore incertain sur mon vote final même si après cette analyse, il se précise. J’espère que ces informations vous aiderons aussi à vous faire votre propre idée.

Pi Wu, démocrate et militant associatif

Post-scriptum : S’il y a des erreurs ou des imprécisions, n’hésitez pas à me le signaler afin que je les corrige.

1 Élection régionale de 2015 en Île-de-France, Ministère de l’Intérieur, jeudi 12 novembre 2015
2 Les réponses de Nicolas Dupont-Aignan, candidat Debout la République, Transparency France, 2012
3 Pourquoi nous quittons Nouvelle Donne, Les invités de Médiapart, 21 juin 2015
4 En finir vraiment avec le cumul des mandats !, Libération, 28 mai 2012
5 1er meeting du rassemblement écologiste et citoyen, Changeons d’air, 24 septembre 2015
6 Une société civile engagée en politique, Alice Barbe, Emmanuel Poilâne, Claude Boulanger et Marie-Odile Bertella Geffroy, Huffington Post, 5 novembre 2015
7 Le programme des régionales 2015, upr.fr
8 Dix initiatives pour pacifier les banlieues, La Croix, 22 octobre 2006
9 « C’est à nous », des citoyens aux régionales, Le Point, 28 août 2015
10 Propositions pour la Région Ile-de-France, Génération Avenir, 2015
11 Liste d’union citoyenne – Régionales, communauté Facebook, 2015
12 C’est à nous, communauté Facebook, 2015
13 Génération Avenir, Twitter
14 Génération Avenir Ile-de-France
15 François Clastres (Nous Citoyens) veut faire de la politique autrement, Le Parisien, 1 novembre 2015
16 Régionales : évincé, Sylvain De Smet contre-attaque, La Gazette Valdoise, 23 juillet 2015
17 Mériel : Sylvain De Smet part sans EELV aux élections régionales, Le Parisien, 7 septembre 2015
18 Choisissons le nom de la liste pour les élections régionales de décembre 2015 en Ile de France, Blog de Sylvain de Smet, 7 septembre 2015
19 Site web d’Aurélien Veron
20 Parti Libéral Démocrate, wikibéral
21 Notre vision, Site du Parti Libéral Démocrate

Le PCF actuel n’est plus le PCF du début du siècle dernier…

Réponse à Brigitte Pascall à propos du billet « Non au tirage au sort, oui à un nouveau personnel politique populaire…! »1

Vous commencez par citer Judith Bernard au début de votre billet : « Estimant qu’il existe « une égalité de compétences » (sic) entre les citoyens. ». Citons le passage exact du texte : « Le suffrage universel repose sur la reconnaissance de l’égalité des compétences : chaque citoyen, quels que soient son milieu, son opinion, sa formation, est fondé à délibérer et arbitrer les questions qui concernent le destin collectif. »2. Le suffrage universel est le vote de l’ensemble des citoyens. Il est considéré qu’il n’y a pas de citoyens plus capables que d’autres pour délibérer et voter. Il se base sur l’égalité politique, un principe majeur en démocratie, donnant le principe 1 citoyen = 1 voix. Le mode de scrutin tenant compte des capacités et des compétences des citoyens est le suffrage capacitaire. Contrairement au suffrage universel, le droit de vote est accordé aux citoyens en fonction de leurs capacités. Ce procédé a été utilisé au XIXe siècle dans certains états du sud des Etats-Unis d’Amériques pour exclure du corps électoral les descendants d’esclaves noirs.

Vous fondez ensuite votre argumentaire sur le fait que, de part le passé, le Parti Communiste Français œuvraient pour que les candidats soient aussi des personnes issues du peuple (en opposition aux élites financières, industrielles et intellectuelles) et vu que cela est déjà arrivé, cela pourrait se reproduire. Vous citez la proportion de députés PCF issue de la classe ouvrière en 1920, 1924 et 1936 pour montrer qu’il y avait aussi des ouvriers à l’Assemblée Nationale3. Mais étaient-ils représentés à leur juste proportion ?

Nous pouvons, je pense, élargir notre observation à l’ensemble des ouvriers et des employés. Lorsque nous étudions la représentation des classes populaires à l’Assemblée Nationale en France de 1871 à nos jours, nous pouvons remarquer que 1936 et 1945 étaient des exceptions4.

Représentation des classes populaires à l'Assemblée Nationale en France de 1871 à 2012

Représentation des classes populaires à l’Assemblée Nationale en France de 1871 à 2012

Si nous nous focalisons sur les soixante dernières années (Ve République), le nombre de parlementaires a évolué entre 482 et 5775 et le nombre d’ouvriers et d’employés élus à l’Assemblée Nationale a évolué entre 10 (environ 5% des élus) et 45 (environ 8% des élus)6. Pourtant, ils représentaient plus de la moitié des citoyens !

Si nous nous intéressons plus particulièrement à notre époque, nous pouvons remarquer que les classes populaires ont été progressivement écartées du pouvoir politique national, même au PCF7. Aux dernières élections européennes, aucun candidat du Front de Gauche en position éligible n’était issu de la classe ouvrière8.

Nous pouvons donc continuer d’espérer que les partis politiques sélectionnent des candidats issus des classes populaires. Malheureusement, à droite comme à gauche, ils prennent le chemin inverse ce qui a comme conséquence un décalage de plus en plus criant entre l’origine sociale des députés à l’Assemblée Nationale et la population active9 comme le montre ces graphiques :

Origine sociale des députés de l'Assemblée Nationale

Origine sociale des députés de l’Assemblée Nationale

Vous concluez par dire « Non pas en tirant au sort, envoyant n’importe qui à l’Assemblée Nationale, peu formé, incapable de prendre la parole et de tenir une conversation argumentée » et « En sélectionnant des FEMMES ET DES HOMMES D’ORIGINE POPULAIRE : au chômage, précaires, petits salariés et fonctionnaires : autrement dit, tout le contraire d’un tirage au sort, qui ne donnera rien de très différent du système actuel ». J’y vois une certaine incohérence car la majorité des chômeurs, des précaires, des salariés et des fonctionnaires ne sont pas des professionnels de la politique maniant le verbe avec dextérité. On pourrait donc dire que c’est n’importe qui vu qu’ils forment la majorité du peuple français. De plus, depuis quand les partis politiques (même de gauche) présélectionnent des candidats chômeurs ou précaires ?

La sélection des candidats par les partis politiques et l’élection par le choix (même au suffrage universel) ont donc largement prouvé leurs incompétences pour assurer une juste représentation du corps citoyen.

C’est suite à cette observation que l’élection par le sort est un outil qui peut se révéler intéressant. De part ses caractéristiques intrinsèques, il assure une représentation bien plus juste que l’élection par le choix de l’ensemble des classes sociales.

Alors bien entendu, il y a de grandes chances que la majorité des cadres, des responsables des partis politiques et des élus issus des partis politiques nous expliquent en long, en large et en travers que ceci n’est qu’un détail, que la représentation socioprofessionnelle n’est pas importante au sein d’une assemblée ayant un pouvoir décisionnaire, qu’il ne faut pas confondre « classe en soi » et « classe pour soi », que l’outil du tirage au sort n’est pas démocratique, que c’est une idée absurde, etc. Cette élite intellectuelle (à gauche), bourgeoise, financière, médiatique et industrielle (à droite) a un grand intérêt à conserver le système électif actuel où ils ont l’exclusivité de la présélection des candidats leur permettant d’accéder au pouvoir politique. Ils se retrouvent donc en position de conflit d’intérêts et il ne serait donc pas étonnant qu’en plus des puissances oligarchiques, la majorité des partis politiques en viennent à s’opposer à cet outil.

Pi Wu

1 Brigitte Pascall, « Non au tirage au sort, oui à un nouveau personnel politique populaire…! », Blog Mediapart, 8 octobre 2014
2 Judith Bernard, « Pour la souveraineté du peuple, contre la souveraineté du capital », Mouvement pour la VIe République, octobre 2014
3 Brigitte Pascall, « Non au tirage au sort, oui à un nouveau personnel politique populaire…! », Blog Mediapart, 8 octobre 2014
4 « De quel milieu social viennent les députés ? », Observatoire des inégalités, 16 avril 2013
5 « Nombre de parlementaires sous la Cinquième République », Wikipédia
6 « De quel milieu social viennent les députés ? », Observatoire des inégalités, 16 avril 2013
7 Julian Mischi, « Le communisme désarmé », Coll. Contre-feux, Agone, Août 2014
8 « Elections européennes 2014 : les candidats français », touteleurope.eu, 19 mai 2014
9 « De quel milieu social viennent nos députés ? », Politis, 18 avril 2013